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Chapitre II - L'être mutilé 20/02/2018

 
'La violence sucrée de l'imaginaire console tant bien que mal
de la violence amère du réel."
Rolan Topor

 

Je tiens à vous prévenir que durant ce chapitre seront décrites explicitement des scènes de violence.
Bonne lecture, et je m'excuse pour la gêne occasionnée par rapport aux scènes explicites.
 

 

Newt marchait sans réfléchir jusqu'à chez lui, il ressemblait à une machine, comme la majorité de la population, qui rentrait le plus rapidement possible à la sortie du travail ou de l'école afin de retrouver le confort de son domicile. Mais, ce n'était pas le cas de Newt, il tentait tant bien que mal de repousser ce moment qui allait arriver, échafaudant dans son esprit des plans lui permettant d'échapper à son géniteur, mais il savait pertinemment que c'était impossible. Il l'attendrait, et s'il ne rentrait pas, il irait le chercher, et ça serait encore pire, la colère ayant brouillé encore plus ses fonctions mentales. Le jeune lycéen continuait sa route, fumant une cigarette avant d'arriver chez lui, il écrasa le mégot sous sa chaussure avant d'entrer dans son appartement. Il montait les marches, une à une, le plus lentement possible. L'immeuble dans lequel il habitait sur trouvait à environ trente minutes à pieds de son lycée, l'extérieur faisait peur à voir. Le bâtiment était délabré, des fissures longeaient les murs, à l'intérieur comme à l'extérieur. La peinture de la cage d'escalier était délavé, autrefois ce devait être un joli blanc éclatant, mais aujourd'hui, les murs étaient recouverts de moisissures, de tâches noires, et ils avaient jaunis. Dans ce hall régnait une puanteur, dû aux poubelles que les locataires déposaient devant leur porte, à la moisissure à cause de la tuyauterie, qui n'était plus toute jeune, et sûrement plus dans les règles. Son appartement n'était pas mieux, à l'intérieur régnait une atmosphère étouffante, les murs gris foncés donnant l'impression que l'espace était restreint, ce qui était bien évidemment le cas, mais ces couleurs rendaient l'appartement encore plus petit. Les meubles étaient abîmés, et pour certains placards il manquait les portes. Il y avait la même odeur que dans la cage d'escalier, mais ici elle se mêlait avec l'odeur des cigarettes que Jason, le père de Newt, fumait à longueur de journée sans ouvrir la fenêtre. Leur appartement se composait de deux chambres, d'une salle de bain, et d'une cuisine salle à manger en une seule pièce. Au milieu de la salle à manger se trouvait un canapé, en face d'une table basse en bois, abîmée au niveau des coins. Dessus trônaient de nombreux bouteilles de bières vides, deux cendriers remplis à ras-bord. Jason était affalé sur le canapé lorsque son fils passa la porte d'entrée, lentement, très lentement, faisant le moins de bruit possible, espérant que cette espèce d'être humain qui reposait sur le canapé soit endormi. Mais, malheureusement, ce n'était pas le cas, ce que Newt remarqua bien trop rapidement à son goût lorsque le corps visqueux et gras de son père se tourna dans sa direction, l'adolescent arrêta tout mouvement, dans une veine tentative de ne pas être vu. Son père, qui auparavant était un jeune homme de quarante ans, rigoureux, beau, enjoué, était maintenant gros, gras, il avait perdu la majeure partie des cheveux qui autrefois séjournaient sur sa tête, il avait une barbe de plusieurs jours qui lui bouffait le bas de son visage, ses sourcils étaient froncés, et dans ses yeux, ou quand Newt était encore un enfant on pouvait voir de l'espièglerie, de l'humour, de la joie, brillaient maintenant d'une sombre colère. 
-Tu es en retard. grogna la loque sur le canapé.
Le blond regarda sa montre, il avait raison, il était en retard de cinq minutes tellement il avait mis longtemps à rentrer, ne voulant pas encore subir les envies de son père.
-Bon, tu vas bouger, et plus vite que ça p'tite merde ! Nettoies la table !
Newt ne prit pas le temps de réfléchir, et laissa tomber son sac de son épaule en plein milieu du couloir avant de s'exécuter le plus rapidement et le plus efficacement possible. Il ramassa les cendriers et les vida dans un nouveau sac poubelle qu'il venait de sortir, jeta tous les cadavres de bouteilles de bières, avant de passer un coup d'éponge sur la table. Il s'apprêtait à partir s'enfermer dans sa chambre avant que son père soit pris d'une de ses envies de violence qui le caractérisait très bien. Mais il fut retenu par l'autre homme, qui lui indiqua qu'il restait des traces sur la table, avec tout l'amour dont il était capable pour son fils, ce qui voulait dire, absolument aucun. Il l'insulta encore, lui disant qu'il ne pouvait rien faire correctement, qu'il était bon à rien, qu'il ne servait à rien. Et soudain, il s'énerva. Se levant, il partit dans la cuisine pour aller chercher les bouteilles de bières vides que Newt avait jeté quelques minutes plus tôt, avant de les prendre une par une et de les jeter sur son fils, un sourire malsain éclairait son visage. Newt esquiva la première bouteille, ce qui mit encore plus en rogne son géniteur, qui tirait maintenant avec plus de force et de vigueur. L'adolescent se laissa donc faire, se recroquevillant sur lui-même afin de recevoir le moins de bouts de verres sur le visage, ça serait beaucoup plus difficile à cacher au lycée. Une fois que toutes les bouteilles de bières furent lancées, Jason enleva la ceinture qui tenait son pantalon, et fouetta son fils, en continuant de l'insulter. Toujours les mêmes insultes, "inutile", "connard", "gros con", "bouffon", et pleins d'autres encore. Par moment, quand Jason se laissait vraiment aller, il lui disait même qu'il n'avait jamais voulu de lui, et qu'il serait bien content de se débarrasser de lui. Newt s'était habitué, mais les coups et les mots faisaient toujours aussi mal, il pleurait silencieusement, attendant que son père termine son manège. Son père ? Il ne savait même plus s'il pouvait encore l'appeler ainsi, cet homme qui le maltraitait n'avait rien de son père, à part son nom, il avait tellement changer, mentalement et physiquement depuis la mort de sa femme, que si quelqu'un qui le connaissait avant le croisait aujourd'hui, il ne le reconnaitrait absolument pas.
Une fois que Jason eut terminé de battre son fils, il se réinstalla dans le canapé, comme si de rien n'était, et alluma la petite télévision qui trônait sur un tabouret derrière la table basse. Il ordonna à Newt d'aller lui chercher d'autres bières, et de lui ramener les cendriers. Quand l'adolescent déposa le tout sur la table, son père, pour le remercier, lui envoya un poing au visage, avant de rigoler et de se concentrer de nouveau sur la télévision. Newt alla récupérer son sac à dos dans l'entrée avant d'aller s'enfermer dans sa chambre. Il s'assit sur son lit douloureusement, son dos lui faisant atrocement mal, tout comme son torse. Il sentait le sang couler de sa lèvre inférieure et des plaies que son père avait rouvertes. Comme à son habitude, il soigna et pensa ses plaies, puis s'alluma une cigarette, puis une deuxième, et une troisième, avant de s'allonger sur son lit et de pleurer. Son corps était secoué par ses sanglots, il finit par s'endormir sur ce lit miteux, les larmes coulant toujours sur ses joues, son dos et son torse le tiraillant, sa lèvre inférieure le piquant douloureusement. Il ne mangerait pas ce soir, comme à son habitude, de toute manière, son père lui coupait l'appétit. Il ne mangeait qu'une seule fois par jour, c'était au self du lycée, bien que la nourriture ne soit pas délicieuse, il se jetait toujours dessus, et la dévorait jusqu'à la dernière miette.
Newt se réveilla en plein milieu de la nuit, ses plaies dans le dos s'étant complétements rouvertes à cause de sa position, il prit donc le temps de les désinfecter, en grimaçant légèrement, et de les bander de nouveaux. Une fois ceci fait, il tenta de se rendormir, mais il n'arrivait pas à fermer l'½il, de peur que son père l'ait entendu et qu'il vienne le voir. Il resta donc pendant un long moment immobile dans son lit, les yeux grand ouverts, attendant. En attendant quoi ? Il ne le savait pas lui-même, il voulait juste vérifier que son père ne viendrait pas. Ca devait bien faire une heure et demi qu'il était dans son lit, n'ayant pas bougé d'un pouce. Il décida finalement que la voie était libre, et sortit sa lampe de poche de sa table de nuit, il ressortit son livre de Stephen King, puis se glissa sous sa couverture pour camoufler la lumière. Il lut donc jusqu'au lever du jour.
Il fit donc comme tous les matins, c'est à dire le moins de bruit possible, prendre une douche le plus rapidement possible, refaire ses bandages, puis récupérer ses affaires avant de quitter l'appartement. Mais ce matin, dû au fait qu'il n'avait presque pas dormi de la nuit, sa tête faisait encore plus peur à voir que d'habitude. Sa peau rongeait ses os, mais aujourd'hui, des cernes avaient élu domicile sous ses yeux, formant deux grandes poches bleutées, sa lèvre inférieure était toujours enflée, et on pouvait voir une croute se former à l'endroit du choc. Il avait également une griffure qui parcourait sa joue gauche. Il ferait avec, il pourrait prétexter n'importe quoi, et puis de toute façon personne ne lui demanderai.
Il marchait lentement jusqu'au lycée, de toute façon il était en avance, comme tous les jours. Il portait un long pull gris foncé, les manches lui recouvrant les mains, entaillées par les éclats des bouteilles de bières, un de ses éternels jeans noirs, et ses Doc Martens noires. Par dessus son pull, il portait une veste en daim marron, au niveau du col se trouvait de la moumoute marron clair, beige.
Ce matin là, Thomas s'était levé plus tôt que d'habitude, s'était donc préparé tranquillement avant de se rendre au lycée, il savait qu'il y serait avant l'ouverture et qu'il devrait donc attendre devant le portail, au moins il pourra prendre le temps de relire ses cours d'anglais, il avait une évaluation plus tard dans la journée. En arrivant devant l'établissement, il s'assit sur le muret à côté du portail, et il cherchait la motivation de réviser ses leçons de langues, c'était très différent pour Thomas le fait d'avoir l'idée et de la réaliser, surtout lorsqu'il s'agissait des cours. L'adolescent soupira donc avant de commencer à jouer avec ses mains. Il releva la tête seulement lorsqu'il entendit quelqu'un s'approcher. Il reconnu immédiatement Newt, qui s'asseyait à une dizaine de centimètres de lui. Le muret n'était pas très long, et très prisé par les étudiants arrivant avant l'ouverture du portail. Il n'y avait donc généralement pas beaucoup de place, heureusement que Newt était fin, il pouvait donc se faufiler et trouver une petite place, bien qu'il n'aime pas particulièrement être collé aux autres, le matin, il y faisait abstraction, plongé dans son monde, son livre à la main, et ses écouteurs bien enfoncés dans ses oreilles.
Thomas ne pouvait plus décoller son regard du blond assis à ses côtés, bien que ce dernier ne le calculait pas le moins du monde. Le brun se sentit aussi important qu'une fourmi à ce moment précis. Le blond ne lui lança même pas un regard, mais Thomas prenait le temps de le détaillé, il remarqua ses entailles sur la joue et la lèvre, et des questions fusèrent immédiatement dans son crâne. Newt sortit la tête de son livre pour s'allumer une cigarette et croisa le regard de Thomas, avant de détourner les yeux. Mais le blond se sentait horriblement épié, il sentait le regard insistant de son voisin sur lui, ce qui commençait sérieusement à l'énerver. Il releva encore une fois la tête et croisa de nouveau le regard chocolat de Thomas, qui rougit comme un enfant qu'on venait de prendre sur le fait, mais il ne pouvait pas se détourner du blond, ses yeux l'envoutaient. Le blond fronça les sourcils, décidant d'ignorer cet être gênant, mais il se sentait mal, regardé, violé dans son intimité. Il gesticula donc légèrement, comme pour faire sortir sa gène, mais ça ne marchait pas. Il enleva donc ses écouteurs, tira une nouvelle bouffé sur sa cigarette puis se tourna vers Thomas.
-T'as un problème ? son ton était glacial, méfiant, distant.
Thomas se raidit, se rendant enfin compte qu'il gênait le blond.
-Je suis désolé. Je ne voulais pas te déranger.
-Eh bah c'est raté. T'arrêtes, maintenant.
Newt accentua sa phrase avec son regard, qui était tout aussi froid que le ton qu'il employait. Thomas baissa la tête et la hocha légèrement, se sentant horriblement mal et rejeté. Il ne pensait pas mal faire, mais le fait que Newt soit blessé l'inquiétait énormément, il ne savait pas comment faire taire cette petite voix dans sa tête qui disait que quelque chose de grave lui était arrivé. Il ne put se retenir de relever encore une fois les yeux vers lui. Newt, qui avait remarqué, serra la mâchoire, avant de souffler afin de se calmer. Il se leva et s'éloigna de Thomas en lui lançant un regard noir, pour lui faire comprendre qu'il le faisait mais complètement chier.
Minho arriva à ce moment là, et vit l'échange entre ses deux amis. Il s'approcha donc de Thomas, avec son air interrogateur. Le brun soupira en le voyant.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? questionna l'asiatique.
-Pffff... à ton avis ? J'ai merdé, c'est tout.
-Comment ça ?
Thomas lui raconta donc ce qui venait de se passer entre lui et le blond. Minho fronçait les sourcils pendant le récit de son ami, écoutant attentivement, afin de l'aider. Mais c'est vrai que là, Thomas ne s'était pas fait une bonne image au près de Newt.
-Je ne sais pas trop quoi te dire là. A part, laisses le tranquille pour au moins quelques années, le temps qu'il s'en remette.
Thomas lui fit des yeux ronds, sous le choc.
-Bon, ok, j'exagère peut-être un peu. Mais, j'te l'ai dit hier. Newt est compliqué. Je pense que t'as remarqué qu'il n'était pas trop à faire copain copain avec les gens, encore moins avec ceux qui le regardent intensément comme tu viens de le faire apparemment. 
-Mais il m'inquiète !
-Si tu veux en savoir plus sur lui, c'est pas en le regardant comme ça, Minho fit donc une imitation exagérée de son ami regardant le blond, que tu vas y arriver.
-Mais pourquoi il était blessé ? Hier il n'avait pas ça sur le visage.
-T'es trop mignon quand tu t'inquiètes mon p'tit Tommy. 
-Non mais sérieux Min' ! soupira le brun.
-J'en sais rien. J'te l'ai dit, je ne le connais pas, ou presque pas. Il ne me dit rien sur lui.
-Il doit avoir quelque chose à cacher.
-Thomas le super détective en action ! Attention mesdames et messieurs !
-J't'ai d'mandé d'être sérieux Min', t'abuses grave !
-J'le sais déjà ça, il cache quelque chose. Mais qu'est-ce-que tu veux que j'te dise ? Il ne dit rien !
-Il doit bien y avoir un moyen de l'aider non ?
-Sors toi tout de suite les petites idées que t'as dans ta petite tête ! Illico ! Laisses le tranquille, c'est un conseil d'ami. Tu peux essayer de te rapprocher de lui, mais n'essaye pas d'en savoir plus que ce qu'il te dit. Ecoutes moi bien Thomas !
Le brun hocha la tête, sans vraiment entendre ce que lui disait son ami, trop concentré à réfléchir pour trouver un moyen de savoir ce que cachait Newt.
-J'rigole pas Tom ! Sérieux, tu fais rien de stupide que tu puisses regretter après ! 
-Ouais Min', t'inquiète.
-Justement.
L'asiatique leva les yeux au ciel, il savait que Thomas n'allait pas l'écouter, et qu'il allait merder avec Newt. Mais bon, que pouvait-il faire ? Absolument rien, à part le mettre en garde, et pis si son ami ne voulait pas l'écouter tant pis pour lui, bien que ça le gênait également, il ne voulait pas que le brun, ni le blond souffre. Minho avait bien compris que si Newt ne disait rien sur lui, c'était très certainement pour se protéger, et que si quelqu'un tentait de briser ce mur de faux semblants que le blond s'était construit, il le payerait sûrement très cher. C'était même une évidence, pourquoi Newt laisserait-il quelqu'un entrer dans son monde de force ?
L'asiatique décida donc de changer de sujet, jusqu'au moment où le portail s'ouvrit enfin, leur permettant d'entrer pour aller en cours. Tout au long de la journée il tenta de faire oublier à Thomas son plan, en lui proposant d'aller chez lui pour qu'ils jouent à la console, qu'ils aillent boire un coup quelque part, ou autre. Mais Thomas refusait à chacune de ses propositions. Toute la journée il était ailleurs, ne pensant qu'à une seule chose, ou pour être honnête, une seule personne.
L'heure du repas sonna enfin, Thomas était content, il était affamé, tout comme Minho, ils marchèrent donc d'un pas rapide et enjoué en direction du réfectoire, afin d'engloutir le déjeuné. Mais sur la route, ils s'arrêtèrent, intéressé par une dispute entre des étudiants. Mais en s'approchant, ils réalisèrent que ce n'était pas une dispute, mais plutôt une scène d'harcèlement. Des élèves s'en prenaient à un autre, que les deux spectateurs ne pouvaient pas reconnaître à cause des personnes devant eux. Ils entendaient les harceleurs rigoler et se moquer de la victime, l'insultant de squelette, de zombi, lui disant qu'il n'avait pas sa place ici, qu'il était trop bizarre et qu'il devait se faire enfermé. Ce qui sidérait le plus Minho et Thomas était le fait que les spectateurs ne prenaient pas la défense de l'étudiant, au contraire, ils rigolaient franchement. Les deux amis donnèrent donc des coups d'épaules pour s'approcher et tenter de faire quelque chose. L'asiatique, ayant pu voir avant Thomas qui était harcelé s'arrêta, sous le choc, tandis que le brun continuait de jouer des coudes pour s'approcher, quand il arriva assez prêt, il reconnu immédiatement Newt, qui tentait de ne pas faire attention aux insultes en tentant de continuer son chemin, mais il était bloqué par les spectateurs qui le repoussait. Le sang de Thomas ne fit qu'un tour dans ses veines, avant que celui-ci ne s'énerve et commence à s'en prendre aux harceleurs. 

 


 

 

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Chapitre II - La rencontre 25/02/2018

"La musique donne une âme à nos c½urs
et des ailes à la pensée"
Platon

 

La traduction de la chanson se trouvera dans un autre article, si cela vous intéresse.

 

Chapitre II - La rencontre

 

Newt était encore à moitié endormi sur le canapé devant la télévision, regardant les dessins animés du matin, un bol de céréales entre les mains. Il avait prévu dormir plus longtemps, mais son colocataire en avait décidé autrement lorsqu'il était rentré à 9 heures dans sa chambre, tirant ses couvertures en sautant dans tous les sens et en lui disant de se préparer car leur journée allait être chargée. Voilà pourquoi une larve, encore dans les vapes mais pourtant très énervé contre Minho, se trouvait dans le sofa. Newt n'avait même pas cherché à comprendre ce que lui disait l'asiatique, qui avait foncé dans la salle de bain pour prendre une douche, avant de préparer son sac pour cette journée qui les attendait. 
Lorsque le brun avait fini de tout mettre en bazar dans son sac à dos, il retourna dans le salon, pour découvrir son colocataire dans la même position, il le poussa donc pour le forcer à se préparer, ce que le blond fut obligé de faire, sans grande conviction. En sortant de la douche, il s'habilla rapidement, pour ne pas se faire engueuler encore une fois par la furie qui avait remplacé son colocataire quand il l'avait découvert, encore dans le canapé. Il portait donc un slim bleu foncé, un tee-shirt gris, presque noir, et une veste noire dans le style bomber, mais en cuir. Et comme toujours, des bottes montantes à lacets marrons. Il avait légèrement remonté la mèche de ses cheveux, qui normalement tombait sur son front, grâce à du gel. 
Une fois que les deux garçons furent prêts, ils quittèrent l'appartement pour se rendre chez un ami de Minho. Ils durent donc prendre deux métros et marcher au moins 10 minutes avant d'arriver devant la maison. C'était une petite maison, dans le style moderne, avec une petite cours qui délimitait la résidence. Les deux jeunes adultes marchèrent donc jusqu'à la porte d'entrée, où ils s'arrêtèrent et sonnèrent en attendant une réponse. Un jeune homme, de leur âge environ, vint leur ouvrir. Il était assez grand et musclé, sa carrure carrée, son visage l'était tout autant. Ses cheveux , châtains, pointaient vers le ciel, en brosse. Ses sourcils étaient fins et longs, légèrement haussés, lui donnant cette expression de surprise continue, qui était en contradiction avec ses petits yeux bleus gris qui, eux, transmettaient plutôt sa volonté. Ses lèvres, toute aussi fine que ses sourcils, s'étaient étirés dans un sourire, montrant sa joie de recevoir son ami. A le regarder, Newt avait deviné que la mode n'était pas sa tasse de thé, il était vêtu très simplement, juste avec un tee-shirt blanc, un jean bleu, trop grand pour lui, qui lui tombait nonchalamment sur les hanches, révélant un bout de son caleçon complètement noir, et une paire de baskets basses grises.  
-Ah, vous êtes enfin arrivés ! On y croyait plus. rigola le jeune homme.
-Tu te plains auprès de l'immigré Gally. lui rétorqua Minho, avec un sourire aussi grand que le dénommé Gally.
Newt se crispa légèrement à l'entente de son nouveau surnom, avant d'esquisser également un sourire. Le châtain le regarda, ou plutôt l'examina de la tête aux pieds, puis inversement, des pieds à la tête, avant d'étirer ses lèvres dans un nouveau sourire, mais avec une toute autre connotation. Puis, il se décala afin de laisser les nouveaux arrivants entrer.
En avançant dans la demeure, le londonien pris la peine d'observer autour de lui. La maison était grande, contrairement à ce qu'elle laissait paraître de l'extérieure. Les salles communes étaient peintes d'une teinte marron-orange, avec un plafond blanc et des placards, incrustés au mur, blanc également. Mais Newt n'eut pas le temps d'approfondir l'inspection des lieux, car Gally les menait à la cuisine, d'où provenaient des rires et des bavardages. Ils entrèrent donc dans la pièce. Un grand plan de travail gris prenait toute la longueur du mur le plus éloigné de la porte, avec un grand réfrigérateur blanc. Au milieu de la pièce se trouvait une grande table, sobrement décorée, avec un pot de fleur gris en son centre.
Deux garçons, dans les environ de 19 ans, et une femme plus âgée, étaient assis autour de la table et discutaient chaleureusement. Gally invita silencieusement les nouveaux arrivants à s'installer en leur montrant les chaises vides, puis il se dirigea vers un placard pour sortir deux verres qu'il déposa devant Minho et Newt. Ces derniers le remercièrent. Les trois personnes présentes avant, coupèrent leur discussion pour se concentrer sur eux, et se présentèrent au londonien. Il y avait Alby, un grand homme noir à la peau foncée, un gabarit costaud, tout comme Gally, mais tout de même moins carré. Un visage un peu plus ovale que le propriétaire de la maison, mais une bouche plus large, tout comme ses sourcils. Et ses yeux, plus ronds, d'un marron foncé, pénétrant. Puis il y avait Thomas, de taille plutôt moyenne, moins large d'épaule que les trois autres hommes français de la pièce. Un visage ovale, fin, parsemé de tâche de rousseur. Ses yeux étaient de la même couleur que ceux d'Alby, mais où se reflétait beaucoup de malice et de joie. Son nez était retroussé à l'extrémité, également recouvert de petites tâches. Ses cheveux étaient un bazar sans nom, ils allaient dans tous les sens, noirs. Puis, il y avait la mère de Gally, elle lui ressemblait beaucoup, bien qu'elle ait la carrure beaucoup plus féminine.
-Alors comme ça tu viens d'Angleterre ? demanda Arianna, la génitrice du châtain, à l'attention de Newt.
-Euh... oui.
-Attends, parles encore. relança l'adulte.
-Pourquoi ? questionna le blond, les sourcils froncés par la confusion.
-Ton accent est tellement mignon. On a envie de te faire plein de bisous. 
-Maman, arrêtes tu le gènes. Et laisses nous tranquille, sérieux.
En effet, les joues de Newt avaient viré au rouge cramoisie face à la remarque d'Arianna. Cette dernière soupira, et marmonna dans sa barbe inexistante avant de quitter la pièce. Pour sa méchanceté envers sa mère, Gally reçut plusieurs réflexions de la part de ses amis. Mais ces derniers se calmèrent rapidement, avant de recommencer à discuter. Ils inondèrent Newt de questions sur tous les sujets possibles, allant des choses banales aux informations plus intimes. Par moment, il n'avait même pas le temps de répondre qu'une autre interrogation franchissait déjà les lèvres d'un des garçons, ou parfois il ne comprenait tout simplement pas, du fait qu'il ne maîtrisait pas encore la langue parfaitement, et qu'il ne connaissait pas les expressions typiques, ou les langages particuliers comme le "verlan", le parlé à l'envers.
Puis, ils changèrent de sujet, parlèrent de tout et de rien, se remémorant des anciens souvenirs qu'ils racontaient à leur nouvel ami, car pour eux, même s'ils connaissaient Newt depuis à peine 1 heure, il était déjà l'un des leur. Ils lui apprirent qu'ils allaient également entrer en premier année en musicologie à Paris 8, tout comme lui, ce qui le rassura tout de même un peu, au moins il connaîtrait déjà quelques personnes en arrivant là-bas. Même si le londonien n'avait pas participé aux anecdotes que les autres garçons racontaient, il rigolait beaucoup avec eux, car ces derniers faisaient un effort pour l'introduire dans la conversation. Ils sont tous hyper sympas et drôles, se dit le blond.
Soudain, Gally se leva, et alla prendre quelques bières dans le réfrigérateur et en déposa une devant chacun des invités, qui étaient très contents de cette initiative de la part de leur hôte.
-Mais, du coup tu fais d'la musique ? intervint Thomas en se tournant vers Newt.
-Oui, comme vous je pense. rigola-t-il légèrement.
-Et tu chantes ? interrogea Gally
-Oui, un peu.
-Et pas qu'un peu ! Il chante tout le temps dans l'appartement ! renchérit Minho.
-Chantes nous un truc. cria presque le brun, tellement content de cette nouvelle.
Le londonien tenta de répliquer quelque chose pour ne pas le faire, mais maintenant que Thomas avait lancé cette idée, tous les autres étaient curieux d'en apprendre d'avantage, et de voir comment se débrouillait le petit nouveau de la bande. Ils clamaient donc tous "Newt ! Newt ! Newt !", qui dut se rendre à l'évidence, il n'avait pas d'échappatoire, il prit donc la guitare que lui tendait Gally, il ne savait pas d'où il la sortait et s'en fichait un peu. Il ne savait pas s'ils allaient aimer ce qu'il faisait, et était légèrement stressé par leur avis.
Newt recula un peu sa chaise pour s'installer plus confortablement, il remonta un pied sur les bouts de bois de la chaise, pour relever son genou et caler correctement la guitare. Il se racla rapidement la gorge avant de commencer à chanter.
"Up in the north where the cold winds blow
Over the prairie gold
There's a Church bell screaming
On the steeple high
Gather ye children of men

With one hand on the trigger, one hand on the cross
Jesus and his family are two things he's lost
Mach him to the scaffold and sting him up on high
The call came out from the crowd
There's blood in their eyes and blood in their hearts
For the blood turning dry on his hand
With one hand on the trigger, one hand on the cross
Jesus and his family are two things he's lost
He cries : 'Oh Lord what have you done
You wont never see Heaven or kingdom come'
He cries : 'Oh Lord what have you done
You wont never see Heaven or kingdom come'

Listen to me my wayward flock
He cried with a noose round his neck
I spoke to the lord on the mountain top
His biddind was all I could do
I spoke to the lord on the mountain top
His bidding was all I could do

He cries : 'Oh Lord your works been done
Now show me heaven or kingdom come'
He cries : 'Oh Lord your works been done
Now show me heaven or kingdom come

One hand on the trigger, one hand on the cross
Jesus and his family are two things he's lost."

 

A la fin de son interprétation, Newt observa la réaction des autres garçons présents dans la pièce. Ils étaient subjugués, ils le regardaient tous avec de grands yeux avant d'applaudir et de le féliciter chaudement. Le londonien était très fier de l'effet qu'il avait produit et que sa composition plaise autant. Il souriait maintenant de toutes ses dents aux autres jeunes hommes.

 

Puis, ils changèrent de nouveau de sujet, ce qui ne dérangeait pas le moins du monde le petit nouveau, qui n'aimait pas tant que ça être le centre de l'attention. Il apprit que les garçons voulaient monter un groupe depuis longtemps, mais qu'aucun d'eux n'était vraiment doué pour le chant, ou n'aimait tout simplement pas trop ça. Alby, Gally, Thomas et Minho préféraient largement les instruments, plutôt que d'user de leur voix. Ce que Newt comprenait parfaitement.
-Mais, tu pourrais être le chanteur de notre groupe ? Ca serait putain de trop génial ! ordonna Thomas plus qu'il ne proposa. 
Le blond ne sut quoi répondre, ils ne se connaissaient pas encore suffisamment, et il ne pensait pas avoir assez de talent pour être le chanteur d'un groupe. Il les observa donc un à un, pour essayer de décrypter l'envie de lui dans le groupe, ou plutôt la non-envie qu'il les rejoigne. Mais tous souriaient et donnaient leur approbation à la proposition du brun. 
Newt haussa donc les épaules avant de leur dire qu'il ne savait pas et qu'il avait besoin de réfléchir. Ce qu'ils comprirent plus ou moins, mais ils acceptèrent tout de même de lui laisser du temps.
Et la journée reprit son cours, ils se chamaillaient, jouaient dans la cuisine avant de migrer vers le salon pour s'étaler dans le canapé et les fauteuils de la pièce. Ils regardaient la télévision, discutaient, prenaient un apéro qui s'éternisaient. Newt et Gally s'absentaient de nombreuses fois pour aller dans le jardin afin d'avoir leur apport régulier en nicotine. Ils étaient les deux seules fumeurs du groupe, et durant leurs petites sorties, ils faisaient plus ample connaissance. 
Newt apprit que le châtain avait une petite s½ur qui s'appelait Teresa, âgée de 8 ans. Gally adorait sa benjamine, il la chouchoutait et la gâtait dès qu'il le pouvait, c'était son petit rayon de soleil, comme il aimait la surnommer. Le costaud était quelqu'un de très gentil, et très attentionné quand on le connaissait bien, mais contre ses ennemis il n'avait pas de pitié, il avait même dit à Newt en rigolant qu'il était du bon côté et qu'il ne fallait pas être dans ses pattes et lui causer des problèmes, sinon il y aurait de très lourdes conséquences.
Mais maintenant, il commençait à se faire tard. Aucun d'eux n'avait vu le temps passer tellement ils s'amusaient. Newt et Minho furent les avant dernier à partir, quelques minutes avant Alby. Mais avant que l'asiatique ne franchisse la porte, Gally lui avait donné une mission, il devait convaincre le blond de rejoindre leur groupe. 



Tags : Chapitre II - La rencontre

Chapitre II - Joey 27/04/2018

Le jeune homme entra dans la pièce, suivi de sa psychologue attitrée. Il s'installa dans le fauteuil, assez confortablement, penché en avant, les bras reposant sur ses genoux. Elisa passa à côté de lui pour s'asseoir dans son fauteuil à elle, mais retint sa respiration en marchant, l'odeur qui émanait du jeune homme était infâme, il sentait la transpiration et l'alcool à plein nez. La vieille femme mit sa main devant son nez et sa bouche, dans l'espoir d'échapper à cette odeur, mais il n'y avait rien à faire, alors elle sorti son bloc note et son microphone.
« Comment vas-tu ? » demanda-t-elle.
Le garçon ne répondit pas, il ne la regardait même pas, ses yeux ne quittait pas le sol. Elise prit le temps de l'examiner, le trouvant étrange. Elle ne pouvait pas voir son visage qui était recouvert de la capuche de son sweet noir, il se tenait courbé, comme s'il était épuisé. Il était entièrement vêtu de noir, de son pull jusqu'à ses chaussures, des bottes montantes à lacets, des rangers. Il ne bougeait pas d'un pouce, à part ses mains, qu'il n'arrêtait pas de serrer, de tourner et de retourner, encore et encore. Elise fronça les sourcils, c'était étrange. Ce n'était pas Tyler, ni aucun autre qu'elle avait déjà rencontré. Elle se repassa rapidement tout ceux qu'elle connaissait déjà, et aucun d'eux n'agissait comme ça, c'en était un nouveau.
« Qui es-tu ? demanda-t-elle en se penchant en avant. Pourquoi es-tu venu me voir ?
-Je voulais comprendre. »
Sa voix était très rocailleuse, très grave qu'elle en fit frémir Elise. 
« Comprendre quoi ? » 
Il se tut et releva très rapidement la tête vers la vieille femme. Ses yeux étaient noirs, peut-être de colère, de honte, elle n'aurait su le dire. Une barbe de trois jours avait élu domicile sur son menton et ses joues. Ses lèvres étaient pincées, il semblait réfléchir.
« Pourquoi ils pensent avoir besoin de vous.
-Qui ça ?
-Tyler et tous les autres.
-Qui es-tu ?
-Joey.
-Tu penses que tu n'as pas besoin de moi ?
-Aucun de nous n'a besoin de vous. Vous les rendez plus faibles, ils se pensent faibles et incapables à cause de vous. »
Elise prit le temps de digérer la réponse, elle trouvait ce nouveau personnage très étrange, mais elle ne perdit pas la face, elle se devait de l'examiner sous toute ses coutures et de comprendre ses caractéristiques.
« Et pourquoi ça ?
-Votre thérapie est inutile.
-Pourquoi tu penses ça ?
- Fermez-la. Ça sert à rien d'causer avec vous. »
Il se leva et partit de la pièce en claquant la porte, sans un regard en arrière. Elisa resta assise, sans bouger, essayant de comprendre ce qui venait de se passer. Elle nota tous les éléments qu'elle avait pu remarquer dans son carnet, les mots se suivaient, écrits à la va-vite pour ne pas les oublier. Réticence, agressivité, alcool, noir. Puis elle regarda l'heure, il n'était resté qu'une quinzaine de minutes dans son cabinet, elle avait donc environ quarante-cinq minutes avant que son prochain patient ne franchisse sa porte.
 
Joey marchait dans la rue, la tête baissée, toujours recouverte de sa capuche, les mains dans les poches. Il releva la tête à temps pour découvrir le lieu de sa convoitise, un bar, La Faucheuse. Le nom était plutôt accrocheur. Le jeune homme entra dans l'établissement et s'installa directement au bar, sans faire attention que toutes les conversations s'étaient arrêtées à partir du moment où il avait poussé les portes. Le barman releva rapidement la tête pour examiner le nouveau venu, mais ne lui prêta pas plus longtemps son attention, c'était un étranger, il n'était pas un habitué, et Enrick détestait les étrangers, il savait très bien comment ça se terminait à chaque fois que l'un d'entre eux pénétrait dans son bar. Alors il continua d'essuyer les verres qui étaient entassés devant lui avec un chiffon qui avait dû être, à une époque lointaine, d'un blanc immaculé, mais ce n'était plus qu'un vague souvenir dorénavant. Le chiffon était jaune avec quelques traces maronnâtes inidentifiables.
« Un whisky barman. »
Enrick fut surpris par sa voix rocailleuse, mais se pencha en avant pour récupérer un verre à whisky et lui servit son pire breuvage avant de déposer le verre sur le bar devant lui.
« Six euros »
Le garçon piocha un billet et une pièce d'un euro dans sa poche et les tendit au serveur qui s'empressa de les récupérer pour le ranger dans sa caisse. Les autres clients continuaient d'observer le jeune homme, toujours en silence. Puis un d'eux se leva et s'approcha de lui.
« T'es qui l'étranger ? »
C'était un habitué du bar, un grand costaud, plein de muscle. Portant une veste en cuir sans manche faisant ressortir ses bras. Un bandeau était passé sur sa tête, un petit n½ud derrière pour le maintenir. Il se faisait appelé El Diablo, en référence à ses penchants violents et meurtriers. Enrick savait qu'il ne fallait pas lui chercher des noises et mieux valait répondre à ses questions. Mais le jeune homme assis au bar n'était pas de cet avis. Il ignorait tout bonnement le grand caïd qui se trouvait derrière lui. Il continuait d'examiner son verre, la tête toujours baissée. El Diablo s'approcha encore, jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres de Joey, il posa sa main sur son épaule, la serrant pour le forcer à se retourner.
« T'es qui ? »
Sa voix était menaçante, Enrick en tremblait de terreur, mais ce n'était pas le cas de son client. Le barman tenta de se faire tout petit, continuant son rangement sans quitter la scène des yeux, pour savoir quand est-ce qu'il devrait se baisser sous son comptoir pour éviter les coups de poings, de couteaux ou tout autre objet volant qui aurait pu être dangereux pour lui.
« J'veux pas d'emmerde. Répondit le jeune homme de sa voix rocailleuse.
-T'es mal tombé alors gamin. On aime pas les étrangers ici, alors casses toi. »
L'homme poussa la main de son adversaire pour la faire tomber de son épaule et se retourna vers le bar, reprenant en main son verre.
« Tu m'as entendu connard ? »
Toujours aucune réponse.
El Diablo élança son bras en arrière pour prendre de l'élan et frapper son adversaire mais ce dernier esquiva le coup, dans un mouvement élégant et calculé avant d'attraper de bras de la montagne de muscle et de lui faire une clef anglaise en le penchant sur le bar pour le maitriser. Il remonta encore son bras jusqu'à entendre un craquement qui fit grimacer les autres clients du bar, puis il poussa El Diablo qui se vautra lamentablement au sol en gémissant. Les autres membres de la bande se levèrent, tous remonter contre ce nouveau venu qui avait mis leur chef à terre, et sortirent de leurs poches leurs couteaux tout en s'approchant de leur prochaine victime qui s'était installée au bar et qui sirotait tranquillement son whisky.
 
Elise regarda l'heure sur sa montre, elle était presque en retard, mais heureusement pour elle, le bâtiment qu'elle devait rejoindre n'était plus qu'à quelques mètres. Elle pressa le pas et franchit les portes en montrant son badge où les hommes de la sécurité pouvaient y lire « invité ». Elle monta les escaliers d'un pas rapide et franchit les portes de la salle de conférence. Toutes les autres personnes étaient déjà présentes et de nombreuses discussions se faisaient entendre dans un brouhaha incompréhensible. Elle s'installa sur la scène, assise au bureau, elle sortit ses documents puis toussota pour faire remarquer sa présence. Les autres personnes, environ une quinzaine, arrêtèrent de parler et la conférence commença. Elise expliqua tout d'abord quel était son travail en tant que psychologue et quel type de malades elle suivait. La conférence était centrée sur les personnes souffrant d'un trouble dissociatif de l'identité. Trouble qu'énormément de médecins ne prenaient pas au sérieux, pensant que le patient ne faisait que se moquer d'eux. Mais c'était la spécialité d'Elise.
« Je pense que chaque personnalité qu'un individu se crée est unique. Elle a ses propres caractéristiques et compétences. Une personnalité peut être douce et gentille, tandis qu'une autre sera violente et raciste par exemple.
-Et qu'est-ce que ça change d'après vous ? demanda un médecin présent dans l'assemblée.
-Quand l'un d'eux prend le contrôle, il est... complètement différent. Imaginons qu'une de ses personnalités soit dotée d'une force incroyable, même si elle se trouve dans le corps d'une enfant de cinq elle, elle va être capable de porter des charges lourdes ou autres. Vous comprenez ? Quand une personnalité prend le contrôle, le corps devient comment elle est définie.
-Vous parlez donc d'une sorte de transformation ?
-Oui. Mais cette transformation ne serait pas physique. C'est-à-dire qu'une fillette de cinq ans ne va pas se transformer en monsieur muscle capable de porter quarante-cinq kilos, mais sa force va se transformer, sa façon de penser aussi. Ses centres d'intérêts. Tout ce qui définit la seconde personnalité va prendre le contrôle. »
Quelques rires suivirent l'intervention d'Elise, comme si ce qu'elle disait n'avait aucun sens.
« Vous savez, reprit-elle, je suis actuellement un patient qui souffre de TDI. C'est un patient extraordinaire, qui possède, à ce jour, dix personnalités. Et je pense que c'est l'avenir. Ils ne se moquent pas de vous comme vous pourriez le penser. Non, ils ont évolué, en fonction de ce qu'ils avaient besoin. Par exemple, cet homme, qui dans son enfance se faisait maltraité par son père sous n'importe quel prétexte. Prenons le ménage, quand son père trouvait que leur maison n'était pas assez propre il cognait son enfant. Ce garçon a donc créé une nouvelle personnalité, un maniaque de l'hygiène pour que toute la maison soit impeccable. Cette personnalité prenait le contrôle  pour tout ranger. 
-D'après vous est-ce que les différentes personnalités ont conscience des autres ?
-Ce que nous appelons les différentes personnalités se considèrent comme des êtres humains à part entière. Ils sont conscients qu'ils souffrent de TDI et donc que par moment ils ne contrôlent plus le corps dans lequel ils se trouvent, car c'est une autre personnalité qui a pris le contrôle. Mais je pense qu'elles ont conscience des unes et des autres.

-Mais comment êtes-vous sûre que ces différentes personnalités existent bel et bien ?
 
-Comme je vous l'ai dit, chacune des personnalités a des caractéristiques bien particulières. Et elles existent, je ne sais pas exactement comme vous le prouvez. Je vais vous parler du même patient que toute à l'heure. Une de ses personnalités est malvoyante, elle a besoin de lunettes, alors que les autres personnalités n'ont en pas besoin. »

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